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 Lame Ailée (par Pierro)

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pierro-studio

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Messages : 22
Date d'inscription : 15/02/2016
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MessageSujet: Lame Ailée (par Pierro)   Mer 17 Fév - 16:54

Ce texte est un recueil que souhaite soumettre au fanzine. Je le mets en ligne ici et sur deviantArt à raison de deux sonnets par semaine (mardi et vendredi). Tout retour est plus que bienvenu Wink.

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I Le soir du berger

L'ocre du crépuscule approchant s'installait,
Les cols verts se faisaient de plus en plus obscurs,
Les cimes se tachaient de sang sur le roc dur,
Et le berger bâillait, tenant son seau de lait.

Son fidèle patou, au corps immaculé
Suivant le mouvement du maître de pâture,
Griffant parfois la plume tenue à sa ceinture,
Qui, disait-on, faisait de lui un être ailé.

Il laissa son compagnon devant la maison,
Entra, se délesta, s'approcha des tisons,
Prêt pour le doux repos et pour la tendre chère.

Mais, dans la cheminée, le feu était mourant,
La soupe ne poussait son râle soupirant,
Et, du lointain tonnait un cri déchirant: «Pierre!».

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II Promesse

Un unique être osait l'appeler par ce nom,
Et son cœur tressaillit en entendant la plainte,
Ce mot qui fut toujours une si suave étreinte
Lui était en ce jour la foudre d'un canon.

Alors, il accourut vers la pièce voisine,
Et vit avec effroi, derrière le fuseau,
Une forme gisant dans de vermeilles eaux,
Un corps froid sur lequel il s'effondra en ruine.

Tremblant, il déchira ses sanglants oripeaux,
Et vit avec horreur que sa livide peau
Etait percée de plomb où eut battu son cœur.

«Je te promets, dit-il, j'aurai ce scélérat,
»Et, comme il t'abattit, sache qu'il périra,
»Toi qui es mon amour, toi qui fus mon bonheur.»

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III Homélie

Mes chers frères et sœurs, nous voici réunis
Afin de commémorer la tragique mort
D’un frère et de deux sœurs qui vivaient sans grands torts,
Abattus froidement, impuissants, démunis.

Trois amis sont partis, trois esprits sont éteints,
Trois âmes s’élèvent sûrement vers les cieux,
Au loin vers un plus calme et plus paisible lieu
Fait de tranquilles soirs et de tendres matins.

Nous prions pour leurs âmes, et nous prions surtout
Pour Pierro, orphelin, et veuf par-dessus tout,
Et ce, un mois avant qu’on célébrât ses noces.

Que les plaies en son cœur cessent un jour de saigner,
Qu’il ait la force de rebâtir sa lignée,
Et que, jamais plus, la vie ne lui soit féroce.

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IV Exil

Un lourd coffre de bois s’entrebâilla sans bruit.
L’ombre y plongea ses mains, ainsi qu’en un couffin,
Afin d’en retirer un objet long et fin,
Qu’il mit à son flanc gauche et partit dans la nuit.

Quand la messe fut dite et les tombes comblées,
L’on alla allumer, pour le souper, le feu ;
Et quand tout fut prêt pour le banquais silencieux,
L’on chercha le veuf que l’on savait accablé.

Mais l’on n'en retrouva qu’une maison sans vie,
Un lit froid, confus et vide de toute envie,
Un tison trépassant, et sans aucun rival,

Ainsi qu’un vague point sur le fil de la pente,
Le berger et son chien, de leur allure lente
Mais de leur pas si franc, descendant vers le val.

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V A la taverne

«Messieurs les bonnes gens, je ris de votre gloire,
»Autant que m'indiffèrent les cœurs des courtisanes,
»Je dédaigne tout haut vos dorures mosanes,
»Et crache sur vos espoir de marquer l'histoire.

»Je me suis fait pasteur, qu'avez-vous à en dire?
»Savez-vous ce que c'est? Voyez vos yeux hagards!
»Etre pâtre vaut-il ces perfides regards?
»Ce n'est point assez grand? Dame! Laissez-moi rire!

»Soyez grand, pauvres sots, vivez de déraison!
»Allez nourrir vos complots et vos trahisons,
»Mais votre Eden félon est pour moi un enfer.

»Je me suis fait pasteur, et je repars aux monts,
»Car votre air pédant me hérisse les poumons.
»Mais avant, j'ai un gage à honorer du fer.»

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VI Cruelle nuit

Les genoux, les avant-bras et la face à terre,
Son manteau étalé lui recouvrant le corps,
Et son feutre indigo gisant sur l'être mort,
Effaré, détruit de désespoir, de misère;

Il pleurait, vivement, comme pleure un enfant,
Mais tout seul, en silence, en immobilité,
Dans la nuit froide et noire qui venait l'habiter,
Sanglots déchirants du vin et du cœur sanglant.

Il maudissait la terre, il maudissait les cieux,
Puis il n'y avait rien à maudire de mieux,
Il perdit le désir de maudire un quelque être.

Et son chien, son ami, son dernier compagnon,
Son patou tourmenté par les mêmes passions
Etait couché sans bruit aux côtés de son maître.

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VII Au matin

Le crâne torturé par des flammes d'airain,
Chaque muscle piqué d'une douleur profonde,
Déboussolé dans la vision nauséabonde
Qu'a, à bord, celui qui n'a pas le pied marin;

Il quitta le lit, flasque, et marcha vers la porte,
Sans feutre, sans manteau, mais, du reste, habillé,
Progressant lentement, d'un pas qui vacillait,
Et attrapant son fer d'une main presque morte.

En bas, il s'effondra sur la première chaise,
Mais jamais ne put y trouver vraiment son aise;
Il mangea, mais bien peu, la langue indifférente.

Face à lui se dressait le maître de maison,
Qui l'eut ramassé dans son étrange oraison.
La discussion alla, bien qui pénible et lente.

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VIII Gant de plomb

«Il y est un félon surnommé gant de plomb,
»Qui agit dans le dos, le pistolet au poing,
»Et qui tue froidement, quand on ne l’attend point
»La veuve et l’orphelin du bout de son canon.

»Nul n’y a survécu, et nul ne fut trouvé
»Abattu par le lâche en agrippant son fer
»Ou quelque autre instrument qui, du donneur d’enfer,
»Eût espoir de défende à défaut de sauver.

»Il frappe bien avant que le sabre soit nu,
»Et s’enfuit vivement comme il s’en est venu,
»Loin de tous les regards, curieux comme veilleurs.

»Un seul être l’a vu s’enfuir dans la nuit noire,
»Et, à peine eut-il le temps de conter l’histoire,
»Qu’une balle de plomb lui transperçât le cœur. »

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IX La rencontre

D’après la rumeur contée par son protecteur,
Lame Ailée mit à profit sa ruse et sa science
Afin de préparer, de mûrir la vengeance
Qui embrasait ses yeux scintillants de moiteur.

Le bourg n’était pas grand, et lui n’était pas sot,
Une poignée de jours lui suffit à surprendre
Le fracas du félon, pour , fermement, l'attendre
Le fer au poing, et le voir au pied de son saut,

Dont la face était cachée sous le chaperon
De son manteau de jais tombant aux éperons,
Ne laissant aux regards qu’un peu de fumée grise.

Bien que point apeuré, le tueur fut surpris,
Et, reculant d’un pas, il se pencha et rit
De toute sa stupeur, son fiel et sa traîtrise.

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X Quelques mots dans la nuit

« Félicitations, cher pâtre campagnard,
» Vous avez réussi ce que tout le beau monde
» A échoué de la façon la plus immonde :
» En égarant leurs vies avant de m’entrevoir...

» Mais tutoyons-nous donc, car c’est un rare honneur
» Que de voir, de partager un instant intime,
» M’entretenir avec ma prochaine victime,
» Sans mettre sur le champ un terme à ses malheurs...

» Mais adieu, cher ami, nous nous verrons bientôt,
» Et n’espère pas me pourfendre de sitôt
» Avec cette rapière, ce jouet fait pour découdre.

» Je viens te délivrer, pauvre enfant accablé
» Par les tourments, avec un pistolet comblé
» D’une bille de plomb et d’un soupçon de poudre... »

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XI Trois secondes

Lame ailée, lame aux nues, se rua sur le pleutre,
Et férit de son fer, qui, éclair fulgurant,
Siffla à traves l’air, vorace, exubérant ;
Mais son fil affamé ne fendit que du feutre.

Sans perdre une seconde, il frappa de nouveau,
D’un trait oblique et vif, destiné à la gorge
Du félon, qui, pour fuir l’arme de fine forge,
Plongea derrière lui, sautant hors du caveau.

Sur la lame acérée, aux abords de la pointe,
Suintaient quelques éclats d’une eau de forte teinte
Qui brillait à la lune en pourpre éblouissant.

Vers l’ennemi gisant sur les pavés de roc,
Il abattit, vivace, un transcendant estoc,
En le voyant déjà se vider de son sang.

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XII Ce qui en suivit

Le pleutre bondit hors de la vive menace,
Et, épongeant son sang, il se mit à courir.
Le chien voulut empêcher le lâche de fuir,
Mais la haie qu’il franchit sut effacer sa trace.

Alors que se calmait le courroux du berger,
Il rebroussa chemin et rengaina sa lame ;
Les yeux croulant au sol, plein de dépit dans l’âme,
Défaitiste et confus, se forçant à bouger.

« Je ne le surprendrai, dorénavant, dit-il,
» Il me tueras d’abord, il est bien trop subtil ;
» Le chercher, à présent, est un stérile mal...

» Mais il viendra à moi, quoi qu’il en soit le coût,
» Alors, si je ne puis porter le premier coup,
» J’irai là où le second lui sera fatal. »

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XIII Le silence des monts

Le silence des monts régnait seul, de sa glace.
Son noble et vaste fiel, céleste en sa grandeur,
S’était pétrifié quand tombait la fraîcheur
Sur la vallée de jade et sur son herbe lasse.

Des milliers de flocons tournoyaient sur les faces
Des pics aux flancs blafards marbrés d’ombre sans cœur,
Et d’un amas de pierre et d’ardoise moqueur,
Que le blizzard n’effraie, mais que la brume efface.

Une forme diffuse au sein du tourbillon
S’approchait en creusant un pénible sillon
De la pierre inhumée qui, d’abri, tenait place.

Puis des aboiements, des cris et deux coups de feu
Suivis d’un grondement faisant trembler les cieux.
Le silence des monts régnait seul, de sa glace.

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XIV Il neigeait

Il neigeait. Calmement. La nuit n’était pas née.
Le soleil vermillon allumait les flocons,
Etincelles de gel à l’éclat rubicond,
Descendant des étoiles en poussière fanée.

Les sommets rougeoyants des nobles Pyrénées
Se cachaient lentement par de vastes cocons,
Des continents de soie qui servent de balcons
Aux monts qui nous voient comme ils virent nos aînés.

Il neigeait. Et au cœur de ces célestes brumes,
Est un opaque éther qui, encor, se consume,
Un brasier fait de glace, un splendide apparat.

Il neigeait. Calment. Mais il neige toujours.
Rien n’a jamais changé, et rien ne changera,
Car hier et demain ne sont qu’un même jour.

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XV Cher employeur,

Pardonnez-moi d'avoir taché ce papier blanc,
J'avais le bras tendu, pointé droit sur la cible,
Lorsque son maudit chien, tapis là, invisible,
Bondit et me mordit, j'ai le poignet en sang.

Pardonnez mon retard, et blâmez cette neige
Qui croula violemment, hurlant tel un démon,
Condamnant toute issue... La peste soit des monts!
Je redescendrai donc quand s'ouvrira le piège.

Cet arrogant berger, à présent, est occis,
Ses parents et sa promise le sont aussi;
La race est décimée, selon votre demande.

Ma quête est achevée, aussi je vous prierai
De glisser mon dû dans le rocher déchiré
Afin que cette affaire ne soit plus que légende.

-----------------

XVI L'aile et le plomb

« Les lâches n'ont point cours dans la hauteur des monts,
» Car la neige engloutit les manieurs de feu,
» La fuite est impossible, et tu es déjà feu:
» Le fer seul est admis au-dessus des piémonts. »

Lame ailée était droit, le regard transperçant,
Le chef à découvert, mais son ample manteau
Lui donnant l'aspect des marbres monumentaux,
Et l'épaule sénestre envahie dans le sang.

Le coup était profond, mais rien n'importait plus,
Puisque enfin, de sa quête, approchait le salut.
Alors, il tira son épée de fine forge.

L'assassin, en tremblant, dégaina un poignard,
Et chargea avec la folie du désespoir,
Mais un unique éclair eut raison de sa gorge.


Dernière édition par pierro-studio le Lun 14 Mar - 21:42, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Lame Ailée (par Pierro)   Sam 20 Fév - 14:29

Merci Pierro, j'ai lu les 5 premier poème et je trouve la lecture vraiment très agréable. L'historie est prenante et bien ficelée. Rien a redire sur l'écriture, tu maitrise toujours aussi bien ton art et ta plume.
Je lirais la suite petit a petit et te dirais mon ressenti.
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MessageSujet: Re: Lame Ailée (par Pierro)   Sam 20 Fév - 15:14

Merci à toi!

Je suis ravi que la lecture à la suite soit agréable; jusque là, je n'avais qu'un public qui le lisait page par page, et ça ne marche pas toujours pareil...
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